La gestion intérimaire : beaucoup plus qu’un simple remplacement!

Par Jacques Malenfant, CRIA, gestionnaire chevronné, consultant spécialisé en développement organisationnel, en gestion des relations de travail et des ressources humaines et en gestion intérimaire.

La majorité des dirigeants associe la gestion intérimaire à un remplacement temporaire. La première idée qui nous vient en tête lorsqu’on parle d’intérim, c’est de trouver quelqu’un qui va tenir le fort, qui pourra exécuter le travail du gestionnaire absent. Effectivement, on est bien content de dénicher la perle rare qui pourra, à pied levé, poursuivre le travail du cadre en son absence.

Mais pourquoi limiter la gestion intérimaire à un simple remplacement lorsqu’on peut en retirer un plus grand bénéfice?

L’opportunité de remettre en question le statu quo

À titre de premier dirigeant, l’utilisation de cette forme de main-d’œuvre spécialisée peut ouvrir de nombreuses opportunités. L’humain étant ce qu’il est, il arrive qu’après quelques années dans un même poste, certains gestionnaires perdent le feu sacré et aient tendance à maintenir la continuité des opérations sans se poser trop de questions sur l’efficacité des méthodes de travail. De ce fait, ils négligent souvent de réviser des processus en considérant le ratio « effort, temps, résultat » et ne considèrent pas les opportunités de changement.

Utiliser un gestionnaire intérimaire peut permettre d’injecter du sang neuf dans l’organisation. Il est opérationnel dès son entrée en fonction. Son expérience variée dans divers secteurs d’activité, son expertise du domaine, son vécu organisationnel lui permettent de jeter rapidement un regard critique sur le secteur que vous lui avez confié. Il apporte à l’équipe de gestion une expérience additionnelle et une valeur ajoutée qui permettent de dynamiser l’équipe et parfois de lui redonner l’adrénaline nécessaire vers le but commun recherché par toute organisation, soit l’efficacité organisationnelle et le maintien de ses valeurs dans la réalisation de sa mission et dans l’atteinte de ses objectifs d’entreprise.

Le mandat élargi du gestionnaire intérimaire

Le gestionnaire intérimaire de métier n’est pas à la recherche d’un emploi, il ne cherche pas à obtenir un emploi permanent dans l’entreprise. Il n’est que de passage, car lorsque son mandat est réalisé, il sera des plus heureux d’avoir contribué au succès de l’entreprise qui a retenu ses services. La plus grande source de satisfaction du gestionnaire intérimaire de métier, c’est de rendre l’organisation autonome dans l’implantation de ses recommandations, organisation que ses conseils ont mené à l’amélioration concrète des méthodes de travail et des résultats, pour le plus grand bien de l’organisation et la satisfaction de ses dirigeants, de ses employés et de sa clientèle.

Le recours à la gestion intérimaire peut aussi contribuer à un transfert de connaissances permettant à l’organisation de mieux s’outiller pour demeurer compétitive. Le gestionnaire d’expérience, utilisé temporairement, peut profiter de l’occasion pour préparer la relève à accéder plus rapidement à un emploi stratégique au sein de l’organisation.

Prenons un exemple concret : un dirigeant pourrait confier le remplacement du gestionnaire des ressources humaines à un gestionnaire intérimaire de métier et en profiter pour lui demander de porter un regard critique sur les relations du travail, voire de poursuivre la négociation des conventions collectives, selon une nouvelle approche. Il pourrait également lui demander de poser un diagnostic organisationnel, de revoir la structure et certaines méthodes de travail, d’accompagner certains gestionnaires qui en manifestent le besoin et, enfin, de conduire des sessions de planification stratégique afin de procéder à la mise à jour des objectifs et de la mission de l’entreprise avec le directeur général. Enfin, ce gestionnaire pourrait même travailler à la mise à niveau du manuel des politiques et des procédures de gestion de l’organisation.

Le profil type du gestionnaire intérimaire

La sélection du gestionnaire capable d’assumer ce type de mandat intérimaire est certainement la clé du succès. Voici quelques savoir-faire essentiels que vous devriez vous assurer d’identifier, soit la capacité à :

  • exercer un rôle-conseil stratégique et à comparer la situation de l’organisation à des secteurs variés;
  • poser un diagnostic organisationnel empreint d’une perspective globale;
  • rechercher de solutions pratiques, réalistes et réalisables;
  • exercer un leadership d’influence de nature à rallier;
  • s’intégrer à un nouveau milieu en bâtissant rapidement sa crédibilité;
  • accompagner au quotidien pour transférer ses compétences et rendre autonomes ses interlocuteurs organisationnels;
  • concrétiser la vision en implantant des changements et en révisant les processus pour optimiser l’efficience et l’efficacité organisationnelle;
  • exercer son rôle avec courage et flexibilité en acceptant parfois de naviguer dans un contexte parsemé de résistances.

À ces compétences génériques s’ajoutent plusieurs compétences spécifiques, que ce soit la connaissance de la gestion des ressources humaines, de la gestion des relations du travail ou d’un créneau d’affaires (ex. transport, milieu financier, milieu de l’éducation, milieu industriel). 

Conclusion

La gestion intérimaire peut s’avérer bien plus qu’un simple remplacement. Il s’agit de saisir l’opportunité qui se voulait au départ un fardeau (la perte d’un cadre), en faisant appel à un spécialiste hautement qualifié, capable d’apporter un regard neuf à l’organisation, en contribuant de manière concrète à l’amélioration de son efficacité. C’est l’occasion d’injecter le vécu d’un gestionnaire expérimenté pour réviser les processus de l’organisation, et cela, à un coût moindre! Évidemment, ce genre de gestionnaire intérimaire ne court pas les rues. Il faut donc prendre le temps de trouver celui qui fera de cet intérim bien plus qu’un simple remplacement.

Applications pratiques 

Quand utiliser la gestion intérimaire?

  • Lorsqu’un poste de gestion supérieure devient vacant.
  • Lorsque la relève d’un poste stratégique n’est pas tout à fait prête et qu’un coaching serait judicieux pour lui éviter des échecs prévisibles.
  • Lorsqu’une équipe de gestion a besoin d’un regard neuf pour remettre en question ses manières de faire traditionnelles et devenir plus compétitive.
  • Lorsqu’il est judicieux qu’une mission de redressement ou de restructuration soit effectuée par une personne externe, quitte à déléguer la suite à un gestionnaire en poste.
  • Lorsqu’un gestionnaire très expérimenté est nécessaire pour mener un mandat temporaire de fusion ou d’acquisition par exemple, mais que, par la suite, la continuité pourra être assumée par un employé moins expérimenté. 

Conseils pour le dirigeant, le gestionnaire ou le professionnel RH

  • Bien cerner le besoin afin de décrire un mandat clair au gestionnaire intérimaire : afin d’obtenir plus qu’un simple remplacement.
  • Identifier des livrables concrets en plus du remplacement en tant que tel.
  • Sélectionner avec soin le gestionnaire intérimaire en fonction d’un profil de compétences tant générique que spécifique.
  • Lui donner toute l’autorité requise à sa fonction en le positionnant adéquatement dans la structure organisationnelle.

À propos de l’auteur

 

Jacques Malenfant, CRIA, M.A.P., est consultant spécialisé en développement organisationnel, en gestion des relations de travail et des ressources humaines. Il a oeuvré à titre de cadre supérieur dans plusieurs organisations au sein de secteurs économiques diversifiés (dans l’industrie, le transport, le secteur financier, le milieu de l’éducation et le secteur municipal). Il s’est spécialisé ces dernières années en gestion intérimaire et en efficacité organisationnelle tout en assumant des charges de cours à HEC Montréal et à l’Université Laval. On peut le joindre par téléphone [514-951-9855] ou par courriel [jmalenfant@qc.aira.com].

 

Cet article est aussi paru dans la rubrique Coin de l’expert le 13 novembre 2012.